LIRE&ECRIRE                                                      LE  SILENCE...


Sujet : en vous appuyant sur des exemples précis empruntés à vos expériences, à vos observations, à vos lectures, interrogez vous sur les différentes significations que peut avoir le silence.
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                                    Partie sur l’idée de rendre copie blanche pour répondre à ce sujet, la réflexion est venue simplement ; finalement, un silence ce n’est pas rien, et lui accorder de l’importance montre bien en effet que le silence n’est pas vide de sens. Le silence a sa part de mystère, il a un sens caché. Le silence, c’est l’absence de bruit, le fait de se taire ; on trouve donc le silence dans l’échange verbal , et dans le fait de ne plus parler. Il remplit ainsi des espaces mentaux, ou physiques, que l’âme et la pensée traversent, avec joie, peine ou enthousiasme, que ces espaces soient teintés de peur ou de force. Le silence existe donc au milieu des chahuts… Le silence peut-il être absolu ? N’est-il pas simplement l’impossible intelligibilité des choses et des êtres ? Afin de répondre à cela, il conviendra d’étudier le silence obligation, ce qui conduira à s’intéresser au silence méditation, pour enfin montrer que le silence est communication.

          L’oralité n’est pas que parole parlée, mais aussi parole retenue, ou silence. Retenir ses paroles et ne pouvoir s’exprimer, c’est le silence obligé, par l’imposition aux règles ou d’un handicap. Il y a le droit de se taire ; en justice, les « interpellés » ont « le droit de garder le silence ». Certes, ils ont là un droit, mais « tout ce qu’ils disent pourra être retenu contre eux ». Dans ce cas, vaut mieux se taire, et répondre à l’invitation de sagesse évoquée en premier. Quoi qu’il en soit, le silence reste une obligation puisque la parole pourrait engendrer le pire, alors qu’elle reste un besoin à ce moment.
C’est également ce que l’on trouve dans la loi du silence. L’impossibilité de parler, de se rebeller, de dire clairement la vérité, et de s’insurger contre celles-ci. Des femmes sont soumises à ce silence, telles les femmes talibanes, victimes et objet ne pouvant parler de leur condition sans la peur de mourir. Pourquoi sont-elles obligées de se taire ? Serait-ce pour cacher cette misère, cette tristesse ? On ne peut de même rester sans penser au « silence du monde indien » de J. M.C. Le Glezio, évoquant la condition du peuple indien soumis aux conquistadores espagnols.

          Et il y a enfin les personnes sourdes, obligées de vivre dans un monde clôt, feutré, reclus dans l’immense silence, ne sentant que des vibrations… Ils voudraient peut-être crier pour s’assurer qu’ils existent, mais ils n’en éprouvent peut-être pas le besoin puisque pour eux tout n’est que silence. Ils sont alors obligés de se taire et de se faire comprendre par d’autres moyens. Le silence existe dans la contrainte ou les circonstances, alors que c’est à ce moment là que l’échange verbal est nécessaire, un besoin de s’exprimer, pour ce justifié, pour exister. Et pour certains, le silence est une grande vague de calme, une ouverture à la méditation.
L’expérience du silence permet à l’âme un moment de présence à soi, un moment de plénitude, et de réflexion. La prière, quelque soit la religion, se fait dans le silence, contenant un élément de solitude silencieuse, à laquelle les maîtres spirituels nous convoquent, telle une expérience de la présence de l’autre. Car c’est quand même par le silence que Dieu s’exprime le mieux ! Alors la réponse du mortel peut se faire par le silence-verbal- mais aussi par le silence spirituel- empli d’une présence cachée. Par exemple, l’ordre des Chartreux, a pour règle principale le silence, ils ne parlent pas entre eux, ceci pour mieux communiquer avec la force divine, et être constamment en relation spirituelle intense avec lui. D’ailleurs, « le grand silence » existe dans les règles monastiques entre le soir après les complies et le matin après l’heure de tierce : la nuit offre un silence particulier, durant laquelle tout dort, tout est calme et paisible et permet de mieux se concentrer.

          Il y a alors le silence sagesse, prudence, ou patience. Un proverbe chinois dit ; « si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, tais-toi » Il n’est en effet peut-être pas toujours utile de chercher à parler pour ne rien dire, faire « beaucoup de bruit pour rien », dans le seul but d’attirer l’attention alors que l’on peut profiter pleinement d’un spectacle ou de la vie sans chercher à justifier ou à expliquer. C’est souvent par la parole que les conflits commencent, car entre ce qui est dit et ce qui est compris par l’autre, il ya parfois un tel gouffre…
On peut retenir les trois petits singes de la sagesse ; « ne rien voir, ne rien dire, de rien entendre » ou comment ignorer ce qu’il se passe pour éviter les ennuis… Alfred de Vigny disait : « seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse » , ou encore Rivarol « le silence n’a jamais trahi personne. » De la méditation à la sagesse, le silence reste une clé de voute, mais il s’appuie sur les claveaux de la communication.

          Le silence est en effet un mode de communication à part entière. On parle de silence éloquent, un silence comblé par exemple évoquant l’idée du bonheur entre deux personnes, dont la force de l’instant est ressentie pleinement par un contact simple, sans paroles, intensifié par la force d’un regard ou de gestes qui veulent tout dire. A l’inverse, le silence rage pèse, de sa lourdeur il évoque le malaise, il n’y a plus rien à dire, c’est la consternation, ou la stupeur ; « Qui ne dit rien consent ».
On dit aussi que « la parole est d’argent et le silence est d’or ». Il est en effet meilleur de se taire, pour réfléchir et organiser les idées : « la parole est la pensée extérieure, et la pensée est la parole intérieure. » Dans cette maxime Rivarol démontre la force silencieuse de la pensée, des pensées qu’il faut garder parfois pour soi, pour bien les ordonner et ainsi les énoncer clairement, car « moins on pense, plus on parle » (Montesquieu). Réfléchir dans le silence.
Le mutisme reste aussi un moyen de communiquer, justement par la volonté de se renfermer dans le silence, pour couper un lien avec le monde. C’est un refus de faire face aux réalités aux réalités, mais c’est aussi un appel au secours, une communication coupée par une absence d’échange.. ou alors est-ce aussi une grande sagesse : « ce dont on ne peut parler, il faut le taire ».

          Même s’il ne peut être absolu, le silence est une réalité et un besoin. Il permet une profonde expression des pensées, tout en étant à la recherche du savoir fondamental et de la connaissance puisque par le silence on ne peut cesser de s’interroger sur les conditions et les situations qui mènent à lui, ainsi que sur les significations de son langage. Il est une manifestation de l’existence de l’être, tout comme le sont le geste, le mouvement corporel, ou le regard, tous ayant des valeurs et des caractéristiques éloquentes.

Micham Sermay, 16/10/2001

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